La Suisse est-elle vraiment un paradis ? Réflexion sur un stéréotype

La Suisse est souvent perçue comme un paradis où tout le monde est riche. Témoignage personnel et regard nuancé sur l'expatriation et les clichés.

Rose-Marie Guignet

3/4/20264 min temps de lecture

La Suisse est un paradis : voilà l'un des stéréotypes les plus fréquents auxquels j'ai dû faire face depuis mon arrivée en Hongrie. „Mais que vient dont faire une Suissesse en Hongrie ?” Cette question, on me l'a posée des centaines de fois et on me la pose encore aujourd'hui, 30 ans après. Essayons d'y voir un peu plus clair. Est-ce vrai que tout le monde est riche en Suisse ? Est-ce réellement un paradis ? Et la Hongrie est-elle un pays si désagréable à vivre ? Cet article est une réflexion sur les clichés liés à la Suisse, l'argent et l'expatriation, à partir de mon parcours personnel.

La Suisse, un pays riche ... mais pas pour tout le monde

Tout d'abord, il est vrai que du point de vue économique, le PIB de la Suisse est l'un des plus élevés du monde et que les salaires moyens sont parmi les plus hauts en Europe. Néanmoins, il faut nuancer ce fait en disant que bien qu'un Suisse sur 7 soit millionnaire, il existe des inégalités, car le 1 % de la population le plus riche possède près de la moitié de la fortune totale. De plus, le coût de la vie est très élevé (logement, assurance maladie, nourriture), ce qui rend le quotidien difficile pour les bas revenus.

Pourquoi le mythe du paradis suisse séduit autant

En général, les personnes que je connais désireuses de s'installer en Suisse sont éblouies par le salaire qu'on leur offre, car elles ne font qu'en convertir le montant en forints. Et il est vrai que vu de cette façon cela peut paraître élevé. Cependant, comme la vie en Suisse est très chère, il vaut mieux, avant d'accepter un travail, établir un budget précis, afin d'éviter de se retrouver dans une situation financière précaire, alors qu'on rêvait d'eldorado. N'oublions pas que les immigrés sont toujours engagés pour les postes les moins bien payés et pour les travaux que les gens du pays ne veulent pas faire, ce qui est déjà un handicap à la base. Seuls font exception ceux qui exercent un métier recherché où il y a pénurie de personnel. De plus, toute une couche de la population a juste ce qu'il faut pour vivre : nombreux sont ceux qui tirent le diable par la queue. Je me souviendrai toujours d'une amie âgée qui calculait ses dépenses au centime près et qui l'avait fait toute sa vie. Elle avait travaillé dans des entreprises à des postes pas très élevés dans la hiérarchie, n'avait cotisé pour le deuxième pilier que durant quelques années et ne touchait qu'une petite retraite.

Vivre en Suisse : sécurité, règles et rigidité

En dehors des questions d'argent, il est indéniable qu'en Suisse l'ordre règne, les gens sont réglos et qu'il y a des paysages de carte postale. Les Suisses sont très respectueux des règles, ce qui peut cependant les rendre aussi un peu rigides. Chez nous, tout est prévu, organisé, on est pragmatique, il n'y a pas trop de place pour la fantaisie et les grandes passions.

Pourquoi j'ai choisi de m'installer en Hongrie

Alors pour quelle raison ai-je décidé de m'installer en Hongrie ? Ce que je raconte toujours, c'est que lorsque j'ai visité Budapest pour la première fois et que je suis montée sur le Bastion des Pêcheurs, je suis tombée amoureuse de cette ville et que ce sentiment était tellement fort que j'ai décidé de venir y vivre. Il me semblait qu'ici je pourrai être plus libre, loin du carcan des règles que j'avais intégré pendant toute ma jeunesse. J'avais aussi le sentiment qu'il y avait plus d'espace et que je respirais mieux ici. C'est très subjectif et ça n'a rien à voir avec l'argent. Il n'y a pas que l'argent dans la vie. Je sais bien que dire cela à des gens qui luttent jour après jour pour leur survie est quelque chose d'incompréhensible. Mais quand nos besoins primaires sont satisfaits apparaissent aussi d'autres aspirations, d'autres envies. Est-ce que j'ai été déçue ? Non. M'installer ici a été une expérience très formatrice, je ne l'ai jamais regretté. Du point de vue culturel, par exemple en ce qui concerne la musique qui est une de mes grandes passions, Budapest est vraiment un endroit privilégié. Je me suis construit une belle vie ici, et je n'ai pas envie de retourner en Suisse.

Peut-on être heureux partout ? Une question d'équilibre

Avec le recul, je dirais qu'on peut être heureux partout et que chacun a son propre chemin de vie. Certains trouveront leur bonheur en émigrant dans un pays riche, d'autres se réaliseront en allant vivre en Inde ou dans un village africain. Rêver d'ailleurs, s'ouvrir à autre chose, connaître d'autres cultures, c'est très important. En n'oubliant pas de rester pragmatique et les deux pieds sur terre. Tout comme on peut étouffer dans la cage dorée de la sécurité financière, on peut aussi se retrouver dans une situation très fragile si on ne planifie pas bien son séjour à l'étranger et qu'on ne tient pas compte des réalités du pays où on désire s'installer. Le secret est dans l'équilibre.

Stéréotypes sur la Suisse et expatriation - Zurich
Stéréotypes sur la Suisse et expatriation - Zurich

A propos de l'auteure

Je suis professeure de français, originaire de Suisse romande et installée en Hongrie. Sur ce blog, je partage mes expériences et des réflexions personnelles autour de la vie entre deux cultures.

→ Découvrir mon parcours

Les commentaires sont modérés. Les messages hors sujet ou promotionnels ne seront pas publiés.

Laisser un commentaire

Vous avez une question, une remarque ou une expérience à partager ?

Laissez votre commentaire ci-dessous. Les commentaires sont modérés avant publication.